14.04.2008
Mélenchon le tâchon
A propos du Tibet. Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon ou Dôle soient sous l’autorité des rois de France. Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? Le Dalaï Lama et les autres seigneurs tibétains ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et offrait, comme par exemple le poste de vice président de l’assemblée populaire que « sa sainteté » a occupé sans rechigner. Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes.
Le 8 avril 2008, sur la radio France Info, le sénateur de l'Essonne affirme que "Les bonses [les moines boudhistes, religion fondatrice du Tibet ndlr], ne sont des que des bons à rien, tout juste capable d'agiter leur moulin à prière".
Voici ce que M.Mélenchon, personnalitée adulée par des membres du PS ose écrire à propos du Tibet. Il s'insurge en effet que les français et plus particulièrement contre RSF pour avoir manifesté leur opposition à la répression du gouvernement chinois contre le peuple tibétain. Ce texte est un grossier non-sens qui comporte des inexatitudes historiques graves.
1 Le Tibet n'est pas chinois depuis le XIV ème siècle, c'est faux que de le dire. Le Dalaï-Lama, chef du Boudhisme a toujours entretenu des relations avec l'empereur de Chine, mais en total indépendance. Puis vînt le temps de la colonisation britannique : les indes, et le Népal, proche du Tibet sont sous domination de la Compagnie Général des Indes, puis sous celle du Gouverneur Général des Indes, Lord Canning, nommé par la reine Victoria. L'empire britanique était alors à l'apogée de sa puissance, mais ne cherchat guère à occuper le Tibet, qui comportait à première vue peu de richesse matérielles et dont le rude climat était dissuasif. Les rares cartographes s'étant introduit au Tibet eurent maille à partir avec les autorités tibétaines puis britanniques car le Tibet était déclaré zone interdite par celles-ci. Ce n'est qu'en 1862 qu'un capitaine du service cartographique de l'armée des Indes, Thomas Montgomerie foula le sol tibétain, déguisé en autochtone. Quand à la Chine, ayant à ses portes la puissante armée des Indes et la Russie, elle faisait plutôt profil bas, se bornant à exporter du thé à destination du Tibet, même si sur le papier le Tibet lui appartenait, la Chine ne manifestait que peu d'intérêt vis à vis de ce royaume.
D'ailleurs cela est pleinement attesté par les archives du Foreign Office (ministère des Affaires Etrangères britannique). Ainsi un rapport intitulé Quelques notes sur les affaires tibétaines, commandé par lord Roberts, commandant en chef de l'armée des Indes et rédigé par le major Ellis et le lieutnant Hamilton Bower, fut envoyé à Londres.
Il mentionne quelques faits intéressants et assez véridiques, puisqu'il s'agit de préparer une expédition militaire visant à conquérir le Tibet. Par exemple, on y apprend "Le pouvoir de Pékin est purement nominal [au Tibet ]." et que "Pékin et Lhassa jouent un jeu qui leur convient à tous les deux. La Chine conserve un semblant de souveraineté sur le Tibet. Le gouvernement de Lhassa évite par ce moyen de traiter directement avec une quelconque puissance étrangère". D'autre part, le Tibet possède une armée de minimum 6000 hommes, ce qui assez étonnant pour une province rattachée à la Chine depuis le XIVème siècle, comme nous le dit ce bon vieux Jean-Luc.
Quelques autres tentatives eurent lieu pour atteindre le but suprême, Lhassa, dans des conditions difficilles et parfois avec des accrochages avec les forces armées tibétaines. A partir de 1905-1912, la Chine connaît bien des troubles : la dynastie Quing abdique, et la république, dirigée par des modérés est proclamée.
Les grandes puissances cherchent à affermir leur pouvoir sur la Chine : les britanniques obtiennent des comptoirs comme Hong-Kong, le Japon se modernise sous l'ère Meiji et devient une menace. Les Russes et les Français essayent eux aussi d'étendre leur sphères respectives d'influence.
En 1937, la guerre sino-japonaise éclate. Les japonais conquièrent une partie du pays et la résistance chinoise s'organise sous l'égide des dirigeants politiques modérés comme Tchang Kaï-Tcheck et les communistes, dont le fameux Mao. Ce conflit se déroulant parallèlement à la seconde guerre mondiale, le Tibet est oublié dans l'affaire. Pendant ce temps, n'oublions pas que l'Inde devient indépendante en 1947 : les tibétains n'auront plus l'appui britannique.
En 1945, le Japon capitule sans condition. Les Japonais se retirent donc de Chine, mais la guerre civile entre communistes et modérés éclate.
Les communistes l'emportent en 1949. C'est le 7 novembre 1950 que le pouvoir communiste décide d'envahir le Tibet. Le gouvernement tibétain adresse des appels au secours par des télégrammes aux gouvernements britanniques, des Etats-Unis et Indiens. Les réponses qui lui sont envoyées expriment les profonds regrets de ne pouvoir d'être d'aucun secours.
L'armée tibétaine, équipée de mousquets, d'arcs et de quelques centaines de mitraillettes se mobilise. "Tragique spectacle que celui d'une nation pacifique tentant vainement de monter une armée" dira Heinrich Harrer, un allemand ayant trouvé refuge au Tibet.
L'armée chinoise attaque à l'est et la ville de Tchamdo tombe. Les tibétains envoient une délégation à Pékin pour négocier. Ceux-ci sont traités comme des prisonniers et les dirigeants chinois les forcent à signer un accord sino-tibétain reconnaissant à la Chine la souveraineté du Tibet.
Un général chinois achève la conquête du Tibet en arrivant à Lhassa avec plusieurs milliers d'hommes.
Le Dalaï-Lama commente dans son livre de souvenir cette arrivée : "Je ne puis dire à quoi je m'attendais. Ce que je vis : trois hommes en costume gris et casquette à visière qui me parurent ternes et insignifiants au milieu des splendides figures de mes dignitaires en robes rouges et jaunes".
L'occupation chinoise dans un premier temps correcte vis à vis de la population, se radicalisa rapidement avec le rejet de la population et l'arrivée des gardes rouges. Un million de tibétains furent assasinés et 6000 monastères, bibliothèques aux trésors inestimables, détruits.
A tel point que lorsque la bande des quatre qui gouvernait la Chine fut déchut, les dirigeants qui la remplacèrent furent horrifiés de ce qui avait été commis au Tibet.
Aujourd'hui encore, de nombreux chinois pensent que le Tibet, royaume môyenageux devait être modernisé à tout prix. Quand aux tibétains, leur croyances ancestrales ont survécu face aux préceptes de Marx.
Le Tibet est maintenant livré au tourisme et à la colonisation. L'occupation est toujours visible et la répression très présente, même si les libertés religieuses ont été tolérées au fil du temps, puis quasiment rétablies de nos jours.
A noter également que taux d'alphabétisation s'est sensiblement accru ainsi que celui de l'espérance de vie.
Ce que peuvent ressentir les tibétains quand ils voient ces hordes de curieux parcourir le Potala et toucher du regard les appartements du Dalaï-Lama, M.Mélenchon n'en a cure, lui qui détient la vérité et qui ne cesse de manifester un anticléricalisme vulgaire et stupide ignorant les cultures qui existent depuis des millénaires. Ce monsieur en est sans doute resté à l'admiration qu'exercait Mao sur les foules durant les années 1960 et le début des années 1970. Il est vrai qu'un minimum de conscience intellectuelle et de travail de recherche lui aurait été nécessaire pour comprendre cela...
Rappelons que celui-ci se permettait de parler du programme de Ségolène Royal comme d'une réménicence des idées de Vichy.
Je n'apprécie pas particulièrement cette dame, mais là...
- de nombreuses informations contenues dans cet article proviennent du livre de Peter Hopkirk Hors la loi et aventuriers au Tibet, éditions Picquier de Poche.
- Cité également, le livre de souvenir du Dalaï-Lama, prix nobel de la paix.
- A voir ou à revoir également le film de Jean-Jacques Annaud Sept ans au Tibet.
- Le passage en italique en haut de l'article provient du blog de M.Mélenchon
15:49 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mélenchon, parti socialiste, tibet, dalaï-lama


